Venu des arts platiques, Thomas Lélu revendique cette posture. Faire l’idiot est pour lui une façon nécessaire de se situer, de provoquer des réactions... Pour être sûr d’être idiot en plein, il a nourri l’écriture de son roman de conversations avec Jean-Yves Jouannais, auteur de l’Idiotie, et zelateur de l’idiotie en arts, via beaux-art magazine ou le Palais de Tokyo. Jouannais a égallement relu son manuscrit , car " l’Idiotie est un travail au millimètre prêt, on n’a pas le droit à l’erreur". Le résultat est "le bout du publiable" un texte dont on imagine que quelques éditeurs ont dû le lui refuser au motif qu’il ne prend pas la "littérature" au sérieux. Jeanne Mass vient aussi de films, tels le Lonesome Cowboys de Warhol et Morrisey( un festival de discussions vaines)les idiots de Larsvon Trier, ou ceux de Blake Edwards, les dessins animés de Bip-Bip et Coyote( un rythme frénétique construit sur une suite d’échecs") voire les films du premier Godard, dont Lélu admire "la légèreté à l’égard du savoir", au rebours exact des "oeuvres où l’on a besoin de prouver qu’on est intelligent". Mais son propos, déclare t-il, n’était au dépard que de" se faire plaisir, d’essayer d’écrire un livre[qu’il] aimerai[t] lire aujourd’hui". Il a tenté" la projection d’un Paris dans lequel il aimerait évoluer", gouailleur, branleur, cacou, un peu à la Audiard actualisé, et où l’on croise des artistes comme" Jean-Baptiste Modiano"(et c’est le vrai Mondino, un ami de Lélu, qui a pris le portrait ornant le bandeau de Jeanne Mass). Thomas revendique le jeu, la superficialité, l’amateurisme, l’indifférence.

Eric Loret - Libération, 2005